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COMPRENDRE L’EFFET REBOND : PHÉNOMÈNE NORMAL OU ÉCHEC THÉRAPEUTIQUE?

INTRODUCTION

Imaginez cette scène classique : Votre client vous appelle, paniqué. «C’est pire qu’avant! La séance n’a pas marché.» Cette situation, que tout hypnothérapeute redoute, puise souvent sa source dans une méconnaissance de l’effet rebond. Loin d’être l’échec qu’il semble simuler, ce phénomène complexe est le signe palpable d’un changement en cours. Explorer ses mécanismes, c’est le pouvoir de transformer une source d’inquiétude en un levier thérapeutique des plus puissants.

 

COMPRENDRE L’EFFET REBOND

L’effet rebond désigne la réémergence transitoire, et parfois paradoxalement amplifiée, d’un symptôme, d’une émotion ou d’un comportement ciblé par une intervention thérapeutique, survenant généralement dans les heures ou les jours suivant une séance d’hypnose. Loin d’être un signe d’échec ou de régression, ce phénomène témoigne le plus souvent d’une activation profonde des réseaux neuronaux et psychiques associés au problème, preuve que le travail thérapeutique est en cours. Il témoigne d’une réorganisation interne en cours et n’est donc pas un échec thérapeutique, mais plutôt un indicateur processuel (qui relève du processus) à décoder et à accompagner.

 

Mécanisme d’inhibition désinhibée (Modèle neurocognitif)

Sur le plan neurophysiologique, l’effet rebond peut s’expliquer par le modèle d’inhibition désinhibée. Lorsqu’une suggestion hypnotique vise à supprimer ou à inhiber un symptôme (par exemple, une compulsion, une anxiété, ou une douleur), elle active temporairement des circuits corticaux inhibiteurs (notamment le cortex préfrontal dorsolatéral et le cortex cingulaire antérieur).

Cependant, une fois l’effet immédiat de la suggestion atténué, souvent après la séance d’hypnose, une suractivation compensatoire des réseaux neuronaux sous-jacents peut survenir. Ce phénomène est bien documenté en neurosciences cognitives, où la suppression active d’une pensée ou d’une impulsion entraîne une réactivation ultérieure plus intense des patterns neuronaux correspondants (modèle issu des travaux sur la suppression de pensée, ex. : Wegner, 1994).

Ainsi, ce que l’hypnothérapeute et le client perçoivent comme un « rebond » est en réalité la manifestation d’une lutte dynamique entre des mécanismes déterminés top-down (induits par l’hypnose) et l’activité bottom-up des réseaux émotionnels, sensoriels ou comportementaux préexistants.

 

Principe d’homéostasie psychique

L’homéostasie psychique est la tendance fondamentale du système mental à maintenir un équilibre interne, même si celui-ci est inconfortable ou mésadapté. Cette notion, héritée des théories de l’apprentissage (Hull, 1943 ; Bouton, 2002) et des travaux de Clark L. Hull (1943), postule que tout système tend à revenir à un état familier, y compris lorsqu’il s’agit d’un état symptomatique.

Sous hypnose, lorsqu’un changement est suggéré (ex. : relaxation profonde, arrêt d’une habitude, modulation d’une émotion), le système psychique peut réagir par une tentative de retour à l’état antérieur, perçu comme stable ou prévisible. Ce mécanisme de régulation n’est pas volontaire. Il relève de processus automatiques, profondément ancrés, visant à éviter l’imprévisible ou l’inconnu. L’effet rebond peut donc être interprété comme une réponse homéostatique : le « test » mental si l’ancien équilibre, bien que douloureux, peut être restauré.

 

Renforcement par conditionnement opérant

Enfin, l’effet rebond peut également être influencé par les mécanismes de conditionnement opérant. Si la réapparition du symptôme est suivie d’un renforcement, par exemple, une attention accumulée de l’entourage, un évitement d’une situation redoutée, ou même un soulagement temporaire lié au « retour au connu », le comportement rebond peut être involontairement maintenu.

Ceci rejoint les modèles behavioristes où tout comportement suivit d’une conséquence gratifiante voit sa probabilité d’occurrence augmenter. Dans le cadre thérapeutique, cela signifie que si le client ou son thérapeute réagit avec inquiétude ou surinvestissement face au rebond, celui-ci peut être renforcé et ainsi se prolonger.

 

Synthèse et implication clinique

L’effet rebond n’est donc pas un simple artefact ou un échec thérapeutique. Il résulte de l’interaction complexe entre :

  • Des mécanismes neuro-inhibants temporaires induits par l’hypnose ;
  • Une tendance homéostatique à revenir à un état familier ;
  • Des boucles de renforcement comportemental parfois involontaires.

Comprendre ces mécanismes permet à l’hypnothérapeute :

  • D’anticiper le phénomène ;
  • De le normaliser auprès du client ;
  • D’intervenir de manière stratégique, non pas pour « supprimer » le rebond, mais pour l’intégrer comme une étape naturelle du changement.
    • Une pratique respectueuse du rythme du client ne supprime pas ces mécanismes, mais en module l’expression.

 

La posture hypnothérapeutique et l’atténuation des effets rebonds

Nous comprenons que l’hypnothérapie, telle que nous l’enseignons, ne vise pas la suppression des symptômes. Nous ciblons plutôt l’accompagnement respectueux d’un cheminement hypnothérapeutique par un processus de réorganisation psychique et neurophysiologique. Dans cette optique, l’effet rebond n’est ni un échec ni une fatalité, mais un phénomène dynamique dont l’occurrence et l’intensité peuvent être significativement modulées par la posture et la méthodologie de l’hypnothérapeute. Une approche responsable, centrée sur le respect du rythme d’intégration du client et sur une préparation rigoureuse, constitue le principal levier de prévention (non pas absolu, mais optimisée) de ces manifestations.

 

LES PRINCIPES D’UNE POSTURE PROFESSIONNELLE MODULANT LE REBOND 

 

Le respect de la fenêtre de tolérance

La capacité d’un individu à intégrer un changement thérapeutique est limitée par sa « fenêtre de tolérance ». Ce concept, issu des neurosciences affectives (Siegel, 1999 ; Schore, 2003), décrit la zone d’activation optimale où l’apprentissage et la régulation sont possibles sans débordement.

  • Agir en deçà : le changement est inefficace.
  • Agir au-delà : on risque de provoquer des mécanismes de défense (fuite, lutte, figement) et… un rebond important.

Posture responsable : L’hypnothérapeute adapte constamment le rythme et l’intensité des suggestions en s’ajustant aux signaux verbaux et non verbaux du client. Il privilégie la progressivité et la stabilité plutôt que la rapidité, favorisant ainsi une intégration durable et minimisant la surcharge systémique.

 

 La préparation comme fondement : La psychopédagogie

L’alliance thérapeutique permet de préparer le client tout en favorisant qu’il devienne cochercheur et coproducteur de son changement.

  • Normalisation : Expliquer en amont la possibilité d’un effet rebond comme signe de travail inconscient désamorce son caractère anxiogène.
  • Cadrage : Présenter le rebond non comme une régression, mais comme une tentative d’ajustement du système psychique (« votre mental teste l’ancien équilibre avant de valider le nouveau »).
  • Stratégie : Donner des outils simples (respiration, ancrages) pour traverser un éventuel inconfort transitoire.

Cette préparation transforme le rebond potentiel. D’épreuve, il sera perçu comme une expérience. Cela devrait renforcer l’alliance thérapeutique et l’auto-efficacité du client.

 

 L’alliance thérapeutique : Le cœur de la prévention

Une relation de confiance et de collaboration active est elle-même un facteur de régulation neuro-émotionnelle.

  • Sécurité : Dans un contexte relationnel sécurisé, le système nerveux du client est plus apte à tolérer l’inconfort du changement sans basculer dans la surcharge.
  • Co-construction : Le travail hypnotique est présenté comme une exploration menée ensemble, où le feedback du client ajuste la direction. Cette flexibilité empêche les interventions « à l’aveugle » qui génèrent des résistances.

 

L’utilisation stratégique du langage et des métaphores

L’approche hypnothérapeutique arrimée au rythme et aux capacités de changement du client favorise la prévention des effets rebonds. C’est précisément dans ce contexte très particulier d’intervention que le choix des mots et des images vient moduler directement l’impact des suggestions sur l’inconscient.

  • Suggestions ouvertes et écologiques : Privilégier « Votre inconscient peut trouver la façon dont… » plutôt que « Vous allez définitivement arrêter de… ».
  • Métaphores de transition : Utiliser des récits évoquant le changement progressif (ex. : le changement de saisons, la transformation d’une chenille) prépare l’esprit à accepter une phase de transition et de réorganisation.

 

Enrichissement de la position : Prévention active vs contrôle

Il est essentiel de distinguer :

  • La prévention active (que nous préconisons) : Elle consiste à créer les conditions optimales (rythme, relation, préparation) pour que le système psychique du client intègre le changement de la manière la plus fluide et stable possible. La probabilité et l’ampleur des effets de rebond s’en trouvent ainsi diminué de beaucoup.
  • L’illusion de contrôle : Croire que l’on peut éradiquer tout phénomène rebond reviendrait à nier la complexité et l’individualité des processus internes. L’objectif n’est pas le contrôle total, mais la modulation et la gestion avisée.

La position de l’École d’hypnose thérapeutique et médicale intègre parfaitement cette nuance : on ne prévient pas le rebond en le forçant à ne pas exister, mais en accompagnant le système pour qu’il n’ait pas besoin de l’utiliser de manière intense ou prolongée.

 

L’École d’hypnose thérapeutique et médicale : Une vision sophistiquée et humaine

Il devient évident que la posture que nous enseignons dépasse la simple technique d’hypnose. Nous nous démarquons profondément de la philosophie découlant de « l’hypnose symptôme ». Notre enseignement incarne une éthique de la pratique hypnothérapeutique où le respect de la personne et de son fonctionnement profond est au premier plan. En agissant ainsi, l’hypnothérapeute ne garantit pas l’absence de rebond, ce qui serait non scientifique, mais il en fait un phénomène rare, de faible intensité, et surtout, intelligible et gérable pour le client comme pour le thérapeute.

C’est cette rigueur associée à l’humilité clinique qui fonde une hypnothérapie véritablement responsable et efficace.

 

CONCLUSION

L’effet rebond doit être radicalement requalifié : il n’est ni un échec, ni une fatalité, mais un signal. Un signal que les suggestions hypnotiques ont activé les réseaux psychiques et neuronaux ciblés, déclenchant une phase de réorganisation interne.

La présence et l’intensité de ce signal dépendent moins de la nature du problème que de l’approche employée. Ici réside la compétence cruciale de l’hypnothérapeute : son habileté à moduler le rythme du changement, son recours à un langage suggestif écologique, et sa capacité à instaurer une alliance thérapeutique sécurisante constituant les véritables leviers de prévention. Une pratique respectueuse, arrimée au tempo unique du client, ne supprime pas le mécanisme du rebond, elle en prévient les manifestations excessives et en fait un allié transitoire du processus.

Ainsi, maîtriser l’effet rebond relève moins de la technique pure que d’une posture clinique responsable et empathique, centrée non sur la suppression du symptôme, mais sur l’accompagnement global, respectueux et durable de la personne.

 

Sylvain Lefebvre B.A. Ps., B.Sc. Inf., M.A.P.

Hypnothérapeute clinicien spécialisé en hypnose médicale

Maître hypnologue

Expert en intégration des approches complémentaires en santé

 

BIBLIOGRAPHIE

Bouton, MOI (2002). Contexte, ambiguïté et désapprentissage : Sources de rechute après extinction comportementale. Psychiatrie biologique, 52 (10), 976-986.
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Elkins, GR (2017). Thérapie de relaxation hypnotique : principes et applications. Springer.
Hull, CL (1943). Principes de comportement : une introduction à la théorie du comportement. Appleton-Century-Crofts.

Lambert, MJ (1992). Implications de la recherche sur les résultats pour l’intégration de la psychothérapie. Dans JC Norcross et MR Goldfried (Eds.), Schore, AN (2003). Affecter la régulation et la réparation de soi. WW Norton & Compagnie.

Siegel, DJ (1999). L’esprit en développement : vers une neurobiologie de l’expérience interpersonnelle. Presse Guilford.

Wegner, DM (1994). Processus ironiques de contrôle mental. Revue psychologique, 101 (1), 34-52.
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Yapko, MD (2012). Trancework : Une introduction à la pratique de l’hypnose clinique (4e éd.). Routledge.

 

À propos de l’auteur :

Sylvain Lefebvre cumule plus de 35 ans d’expérience à titre d’infirmier clinicien et 20 ans comme enseignant universitaire en sciences infirmières. Titulaire d’une maîtrise en administration publique (MAP) spécialisée dans la gestion des services de santé et l’intégration des approches complémentaires en santé, il allie une expertise médicale approfondie à une compréhension nuancée des processus de changement thérapeutique. Fort de cette expérience unique, il œuvre aujourd’hui comme hypnothérapeute clinicien spécialisé en hypnose médicale, et directeur général de l’École d’hypnose thérapeutique et médicale, où il s’engage à former des hypnothérapeutes rigoureux, éthiques et capables d’évoluer au sein des équipes de soins modernes.